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Marine Diez

Le jour se lève sur le lac St jean, chacun à son rythme ouvre les yeux. Parmi les premières choses que l’on peut apercevoir ce matin, il y a : le givre qui parsème l’intérieur de la tente, nos voisins bien emmitouflés et la fumée dans l’air de leurs paroles matinales, ou encore le soleil qui amorce sa levée colorée dans le ciel.

Selon les dires de Julien, l’excellent coordonnateur très impliqué du Double Défi, le mercure est tombé à -38° cette nuit avec le facteur éolien. Mais, si on tend l’oreille on entend déjà les participants s’agiter et rire, pas de doute, tout le monde s’est bien réveillé de sa nuit !

Il est 6h30, le vent souffle et pourtant c’est déjà l’heure de replier son sac de couchage quelque peu humide jusqu’à la nuit prochaine. Aujourd’hui on n’hésite pas à empiler les couches les unes sur les autres, les anges gardien-nes s’assurent de faire passer le message à ces visages parfois encore endormis.

On me dit alors « c’est une des traversées les plus froides celle-là », et pourtant, dès qu’on passe la tête en dehors de la tente, tout semble parfaitement bien aller. En cuisine, le café chaud nous attend et on ne tardera pas entendre retentir la cloche du déjeuner prêt à être déguster : omelette au fromage, beans à l’érable et des patates. C’est un vrai festin. À peine servi, les assiettes se vident en quelques minutes voire secondes : on se fait dire que c’est essentiel si on veut manger chaud !

Pour d’autres, un repas en plein air ça se déguste! Ils préfèrent donc prolonger le luxe d’avoir une tente qui leur permet de s’abriter.

Aujourd’hui 12km sont au programme, on sait maintenant à quoi s’attendre au niveau des conditions de neige/glace sur le lac, douleurs et autres joyeux inconforts de randonner avec un traîneau bien chargé.

Mais que faire avec -34° et un vent de nord ouest ? En regardant les participants, on saisi assez rapidement que tout le monde tient à sa peau. Chacun est caché derrière masque ou lunettes pour braver cette journée froide et ensoleillée, on ne reconnaît plus personne!

Prêt-e à démarrer ?

Venez dont vous mettre en cercle avant pour un échauffement dynamique propulsé par Alexandra notre ange gardienne des iles. On saute, on fait monter le rythme cardiaque, le moral est bon!

Punta Cana, nous voilà!

Julien nous retarde encore quelques instants et nous dit « avez-vous entendu ce doux bruit cette nuit? La glace qui craque. »

C’est vrai que c’est impressionnant de l’entendre. Pourtant soyez rassuré chers lecteurs, le phénomène est tout à fait naturel et il n’y a aucun danger.

On fait appel à nos cordes vocales « Double défi des 2 Mario… », et nous devons répondre « POUR LES JEUNES ». Dans ce cri rassembleur, nous nous élançons.

Nous voilà ainsi partis, dans cette infiniment blanc, dans ce grand verre de lait comme aime le dire Julien.

Le fort vent couplé à cette température nous invite à rester concentré dans notre progression. Le cache cou monte jusqu’au nez, l’empilement des couches et la raideur qui s’installe dans les épaules, poussent une grande majorité des participants à avancer en solitaire. La communication n’étant clairement pas la chose la plus aisée.

Aujourd’hui nous ferons des arrêts de 20-30mn (avec toilettes improvisés et tente chauffée) tous les 4km pour prendre quelques pauses de ces conditions extrêmes. Merci la logistique, c’était beaucoup de travail pour vous, mais ça a été très apprécié par tous.

Mais entre temps il ne faut pas chômer, pour arriver avant la nuit à notre campement.

Cette avancée nous pousse considérablement dans une profonde introspection parfois même dans une bataille avec nous même.

Mario Cantin, m’a fait réaliser quelque chose au cours d’une discussion et j’aimerais vous le partager.

Il fait le parallèle avec une araignée qui commence à tisser sa toile, elle n’est pas assez forte et robuste pour faire face aux défis qu’elle rencontre. Pourtant, chaque effort est un fil qui renforce sa progression. Les expériences et connexions forment un réseau invisible qui, avec le temps, nous rend plus forts. Même si les liens ne semblent pas toujours évidents, ils prennent tout leur sens en regardant en arrière.

Comme une toile bien tissée, notre évolution sur ce lac, où dans la vie plus largement, repose sur la patience, la persévérance et l’importance de faire connecter des personnes et leurs expériences qui nous ressemblent.

J’espère que comme pour moi, cette image fera écho en vous.

En chemin, les défis sont bien présents. Engelures ici et la, douleurs aux pieds et aux hanches, petites chutes sur la glace, pieds mouillés. Malgré cela, je suis surprise de voir le niveau du groupe, tout le monde est collé aux 2 Mario en avant, et si jamais il y a quelques personnes derrière, ils ne tardent jamais à se réintégrer. Bravo les guerriers !

La journée se termine déjà, le vent est tombé et le soleil tire doucement sa révérence et nous laisse assez de sa lumière chaude pour rejoindre le campement. Quelle chance nous avons d’être là.

Je vous quitte sur ces quelques mots avant d’aller déguster en un éclair ma récompense de la journée et assister à la traditionnelle soirée partages de la traversée.

Un moment d’ancrage qui favorise le tissage de notre toile personnelle avant que le froid ne nous pousse à rejoindre nos sacs de couchage pour une autre nuit sous les étoiles.

Marine Diez