Date

Catégories

Expéditions

Auteur

Marie-Hélène Beaudry

Au lever du jour ce jeudi matin, un ruban de brouillard léger créé une ambiance féérique dans le village de tentes. Hurler à la lune mercredi soir aura piqué la curiosité du soleil, qui cogne à nos portes radiant ce matin. Il faut faire craquer le frima sur nos sacs afin d’empaqueter tout notre matériel. On décampe aujourd’hui, 8km nous séparent de la douche!

La journée commence avec un défi sportif : monter la fameuse montagne secrète de Nicolas, propriétaire du Triton, pour y admirer le lac. Sur le promontoire, on partage un premier moment de silence en groupe. C’est doux… jusqu’à ce qu’on se fasse interrompt par Jo sur la radio du staff. Oups! Un autre éclat de rire généralisé. À chaque occasion : rires, sourires, joues plissés, dents visibles, gorges déployées, s’esclaffer, se marrer, rigoler; qu’on me trouve un dictionnaire des synonymes que j’en rajoute. On a un groupe « heureux-d’être-content » : c’est énergisant, c’est vrai, c’est pur.

(Parenthèse) Sur ce, plus tard en soirée, Nads m’a fait bien rire, encore (!), quand elle a partagé qu’elle n’a jamais ri autant de sa vie, dans un si court laps de temps. Je reprends à peu près ses mots : « J’ai tellement ri que je me suis fait un ‘’6 packs’’ de rires… bon vous ne le voyez pas encore là, parce que dans le moment, il est comme empilé l’un sur l’autre (merci aux chefs, clin d’œil!), mais ça s’en viens, je vous le dis! ». Hahaha, Bien sûr!

Après le sommet, on a marché quelques heures comme dans un casse-tête de paysage hivernal 1000 morceaux pas faisable; avec bcp trop de pièces blanches neige, de pièces bleu ciel et de pièces vertes forêt. C’était magnifique, bien plus qu’en morceaux désorganisés sur une table de salon. On file jusqu’au lunch, sur les bords du lac Espérance (ha! la thématique de l’espoir qui colle…), où plusieurs gourmands et gourmandes en profitent pour doubler voire tripler leur portion de dessert. Il faut en profiter, la fin approche trop vite. En plus, ça rend les mésangeais qui nous rodent autour jaloux. « Gna-gna-gnaaaaann » nargue mon cœur d’enfant!

À 2km de la fin, on s’arrête encore une fois en gang : « heille, vous rendez-vous compte que l’expédition est presque terminée? ». En plein milieu d’un lac, on prend un second moment de silence. Les mains ouvertes, certains et certaines semblent s’être transformés en panneau solaire humain alors que mon capuchon capte le vent comme une éolienne; pendant la méditation, on se recharge ainsi un dernier bon coup avec l’énergie vive des éléments. La neige de fin d’après-midi s’est transformée en gros sel qui assaisonne nos pas et on arrive en ribambelle au camp. Nicolas, en digne Seigneur, nous souhaite le bon retour ‘’à la maison’’; ce n’est pas peu dire qu’il sait bien recevoir! Les sourires sont grands, mes palettes sèchent au soleil, on se tape dans les mains, on s’embrasse, on se serre fort fort.

C’est fait! On l’a fait, on a réussi. Plus de 25 km, deux nuits de lac, une de bois rond : quelle belle sortie!

Évidemment, la célébration laisse vite place aux tâches post-expé; il faut séparer notre matériel personnel de celui de La fondation, retourner les prêts, SE LAVER! J’ai vu certains et certaines aider en cuisine, ça sent bon le souper quatre services; bon retour au Club! Il y a même place à la création, j’ai un coup de cœur (et de papilles) pour la salade de Lana. Bien joué chère!

L’ambiance est relaxe, intime, on sent qu’on se connait bien maintenant. Dans le salon, certaines et certains se montrent leurs cicatrices d’opération comme leurs tattoos. Sachant que pas mal tous et toutes ont, à un certain moment, eu de grands problèmes avec leur image corporelle modifiée par la maladie ou les traitements et la réappropriation de leur nouveau corps, je sais que ces échanges sont importants. D’ailleurs cette séance d’exposition de marques corporelles fait émerger entre elles et eux l’idée de se faire un tattoo collectif pour marquer aussi cette expédition sous leur épiderme. À cette heure, on hésite entre une tente avec une petite cheminée et des étoiles ou… un bol de soupe! En effet, selon Nikky, on en a mangé à peu près 250; tous délicieux et bien réconfortant.

Après avoir terminé le meilleur dessert de ma vie (rien de moins, plusieurs, dont moi, ont même liché leur assiette en public; vous savez, quand une jeune survivante du cancer assise à côté de toi te dit : « go girl! Tu n’as rien que ça à faire, profiter de la vie », tu ne niaise plus avec les conventions pis tu liches ton assiette!) … Je disais donc, après avoir mangé le meilleur dessert de ma vie ET liché mon assiette sans gêne, Catherine, Marie-Michèle et Julien nous convient tous et toutes au salon pour une grande discussion finale. On est une belle grosse gang entassée là! J’ai compté 27 personnes : les 3 facilitateurices de la fondation, les 3 bénévoles de l’équipe médicale, les 6 employée.es du Triton, les 14 participantes et participants et moi-même.

C’est qu’en fin d’après-midi, on nous avait demandé de penser à un mot pour décrire notre aventure. L’heure était venue de les partager, donc en rafale, je les porte jusqu’à vous :

Grateful (2 fois), Friendship, Family, Wild, Time, Meaningful, Connexion, Étoile, Fulfillment, Laughter, Grounding, Warm, Vulnerability, Revelation, Nature, Générosité, Companionship, Félicitation, Calm, Overwhelming, Cycle, Honesty, Sun (3 fois… d’où le titre de ce billet), Unprocessed.

Pas mal, non?!

Je vous laisse mijoter là-dessus. Après les rires (oui… encore!) et les discussions de fin de soirée ou un dernier moment à observer les étoiles autour du feu pour certain, le grand calme est de retour au camp. Moi aussi je dois vous dire aurevoir, Morphée m’appelle à l’instant; je suis bien heureuse de l’avoir ‘’swipé à droite’’ (en référence à une certaine application populaire).

Bonne nuit, à demain,

 

Marie-Hélène Beaudry

Blogueuse et photographe pour la fondation Sur la pointe des pieds