Bonjour, Kuei chers lecteur, Sur la pointe des pieds, ensemble on déplace des glaciers!
Je vous dois des excuses puisque hier, devait suivre une deuxième partie à mon récit. Malheureusement, les forts vents l’ont emporté.
Trêve de plaisanterie, je me suis habituée, avec vous à poursuivre l’histoire du soir.
Reprenons à l’heure du souper. Notre équipe cuisine nous a une fois de plus ébahit. Potage d’épinards fumant, supporté par de géants grains de fromage, curry lait de coco sur riz avec en guise d’ile un pain naan noyer dans son bouillon de lait de coco. Pour couronner le tout….gâteau aux carottes garnit de sa crème onctueusement beurrée, même par ce froid polaire. Tous, se prosterne devant nos preux cuisiniers. Ce qu’ils arrivent à monter à la vitesse grand V relève du divin. Ils sont drôles, coordonnées, calmes, organisés, bienveillants.
L’équipe nutrition est toujours en action. Des repas riches, savoureux, équilibrés et caloriques répondant exactement unanimement, à ce que tous les corps mobilisés réclament. Plaisir gastronomique peut prendre une pause, nous nous délecterons de « Plaisir Astronomique ».
Je suis la blogueuse de l’expédition d’hiver. J’ai compris que ce que nous vivons sur le lac est similaire aux aventures thérapeutiques des jeunes en rémission de cancer. Rassembleuse, souveraine, formatrice, porteuse d’espoir. En total permission d’être soi, créer des liens, parler du quotidien. Pour cette portion je préfère vous parler de Mélanie, Judith, Caroline et Valérie. Quatre jeunes trentenaires ayant faite connaissance dans une aventure thérapeutique. Samedi soir, dans le dôme, presque 50 personnes réunies pour vivre des témoignages poignants. Traduisant que le cancer comme premier symptôme provoque l’isolement physique et mental. La fondation sur la pointe des pieds soulagera déjà cet effet indésirable et présentera comme traitement la nature, l’espoir, la rencontre à soi et aux autres. La confiance en leur corps, la possibilité de rebâtir ce qui avait été, depuis l’annonce, anéantie. On n’imagine pas que dans la trentaine des réalités financières, affectives, sociales bouleversent complètement « l’écosyst’aime ». Valérie, ma « valheureuse » sa personne transpire ses projets. Le cancer a été le moteur d’une réorientation de carrière. Tu es ma découverte. Ce soir-là, dans la salle de spectacle, plus de billets de vendus que de nombre de place. Collés les uns aux autres, un cercle de partage d’amour, de reconnaissance c’est une renaissance. C’est révélé, un phénix dort en nous.
À la sortie du théâtre, les larmes gelées, le vent persiste. Chaque participant s’agitant comme des abeilles à tenter d’investir l’énergie à se vêtir, préparer les dortoirs, réfléchir la suite qui nous amènera à la redoutable mise en nuit car, à elle seule est une épreuve. Est-ce préférable d’aller au petit coin avant de remplir les bouillottes? Dois-je me changer afin d’enrayer l’humidité, ou alors choisir de conserver la chaleur du moment au risque d’un brin d’humidité? Mes bouchons pour la nuit sont dans la poche du duvet? du polar? Ou plutôt restés dans le traîneau? Mes lèvres sont déshydratées, clairement que je n’ai pas assez bu. J’en connais la raison, celle de diminuer les mictions nocturnes. Car oui, chers lecteurs les cuvettes en nuisette, on n’y pense pas. Bien que la charmante valorisation des toilettes d’expédition soit conforme et pratique en tout point, ça nous surprend à chaque fois ce petit côté rustique et nordique.
Encore une nuit à penser, tourner, manger, s’ajuster, refermer, resserrer, dégager, placer, moucher, zipper, clipper, protéger, nouer. C’est décidé, tout le matériel qui risque de me sauver, dort avec moi. On doit dormir car 12 km de marche ouvriront la journée de demain. Contrairement à nous, les rafales restent debout toutes la nuit, compliquant son confort.
Mais au-delà de tout ça, NOUS SOMMES LÀ. Assister à une symphonie en position horizontale n’est pas donné à tous. Les glaces éclatent sous nos corps. La trame varie, du coup de fusil au chant des baleines. Des bulles sonores fracassent le silence absolu. Le chant du lac tel une formule poétique. Des notes métalliques, vibrantes qui nous présente que l’eau aussi respire.
Cette nuit, la lune sera mon réverbère jusqu’au petit coin. Me trouver chanceuse, de marcher sur MON LAC (car c’est tous le nôtre) à penser que mes pas le font rugir. Je m’endors doucement dans les bras de Piécoua.
Aujourd’hui, dimanche jour du seigneur. La lumière fût. Y’a que de beaux matins quand ils débutent par de copieux festins. Poutine !! Tu imagines !!Patates douces, bacon, légumes, fromage, sauce hollandaise. On m’annonce que je dois aller au combat, remplie de ce repas je n’hésite pas. La réputation du « Café de la pointe »se répand. Au village tout le monde en parle. D’ailleurs officialiser une ouverture de ce café imaginaire serait la grosse affaire pour amasser des fonds pour la fondation. (Dans mon brouillard mental post-expédition, surgit une idée)
On nous assure un ciel bleu azur. Neuf km comme dans nouveau, nouvelle journée. Car la Fondation nous apprend que dans les prédictions, vivre le moment présent avait sa raison. Celle de profiter, respirer. Plus d’une fois Mario nous l’a dit : Du soleil, de la bouffe, de l’eau !!On wé tu ben. Mieux qu’une journée au bureau. La pleine conscience me rejoint. En silence j’ai marché, dans ma tête, j’ai même couru par moment. Cet espace souverain, cette quête je l’ai vécu en sécurité. Car dans l’absence de mot, on a deviné les maux. Ce qui me laisse à penser qu’il ne faut pas hésiter à prendre une main, mieux encore la tendre. Le langage du corps est parfois plus éloquent.
Ça progresse, ça avance, en famille. Après 3 jours ensemble nous sommes un NOUS. Rythme et tempo composé par les 2 super Mario. Nous les suivons au pas. La ligne d’arrivée va bientôt sonner. Excitations, diminution des tensions et auto-compassion. Même sur la pointe des pieds, nous déplacerons les glaciers. Pour qui? POUR LES JEUNES. La délégation d’athlètes est chaleureusement honorée et attendue. D’une pluie d’éloges et d’admiration les participants s’abreuvent.
Tant d’acteurs de prestiges dans cette fondation qui nourrit que de nobles valeurs. Je pourrais raconter une histoire pour décrire les bonnes âmes de chacun que j’ai rencontré. Encadreur, ange-gardien, régisseurs, transporteur, concepteurs, maestro, je n’ai pas assez de mot. Nul doute que vous allez vous retrouver dans : ça va bien? Tu es ok? Let’s go !!je peux porter ta pulka? Tu as froid? Tu as faim? Cette organisation humble, modeste, inclusive, diversifiée, confidentielle, professionnelle me renoue à chaque fois avec la bonté de l’humain. En toute discrétion sortir des participants par sécurité RESPECT. Offrir des alternatives pour permettre aux rêves de se réaliser, RESPECT. Pour soulager, stimuler et élever les possibilités, RESPECT.
Je ne peux terminer ce texte en pensant au peuple de Premières Nations. Modestes, solides et résilients. Combien ils ont marché ce territoire tant pour s’alimenter que se déplacer RESPECT. Pendant 3 jours, le lac a été compliqué. Tel un tableau, nous l’avons flatté à notre image. Mes skis ont frôlé par moment de la styromousse, des pics de meringue, du gâteau des anges. Tantôt une fenêtre de glace nous laissant entrevoir sa pétillante profondeur. L’adhérence et la glisse nous ont aussi faite croire que le Lac, aurait préféré nous garder.
D’un pas constant nous avons marché sur le Piekouagami (Lac plat) est le nom innu du Lac-St-Jean, notre mer intérieure.
Les deux Mario, transmetteurs de savoir
À vous tous, agents de guérisons,
À Julien, la courroie, le lien
À nos enfants espoir de demain,
Un cœur joyeux est une bonne médecine « sagesse autochtone »
Tshinashkumitin
Merci
Blogueuse : Mélanie Villeneuve
Photographe : Charles-David Robitaille