À l’heure où j’écris ces lignes, c’est le Québec au complet qui est en état d’alerte : une tempête hivernale traverse la province au complet et charrie avec elle jusqu’à 30 mm de pluie verglaçante et/ou de neige. Nous nous réjouissions pourtant depuis des jours de cette neige fraîche qui allait enfin nous permettre de tester nos skis de manière complètement libre. Cependant, hier soir, après un nouveau délicieux souper (soupe à la courge, poulet au beurre, croustade aux pommes), c’est le cœur gros que Catherine, ukulélé en main pour se donner du courage, nous annonçait que nous devions quitter le camp et nous replier à l’abri. Hors de question de se retrouver coincés dans la forêt sous la pluie verglaçante. « J’ai arrêté de compter à quelle nouvelle version de notre plan nous étions rendus ! »
Alors, notre dernière soirée dans la vallée du Portage, nous l’avons passée à chanter : de Cat Stevens à Richard Desjardins en passant par Bob Marley.
Briser la glace
Alors ce matin, nous étions debout à l’aube, avant même le soleil. Il nous fallait désormais quitter la forêt avant la tempête qui se dirigeait vers nous. Le camp s’est mis en action comme si tous ne formaient qu’un. Tout d’abord s’équiper pour résister au froid piquant, boucler son sac, éteindre le poêle, vider les tentes et empiler le tout sur motoneiges et remorques avec tous les équipements : chaudrons, caisses de nourriture, génératrice, pelles, antenne satellite, énorme trousse de premiers soins, etc.
Puis, la pièce de résistance : déterrer les « hommes morts » qui maintiennent les cordes des tentes. Un point de vocabulaire s’impose, puisque le terme désigne en fait… des bouts de bois enterrés dans la neige. La dite neige est cependant devenue glace et il faut la briser à coups de hache ! Puis il faut aussi gratter l’épaisse couche glacée qui colle les toiles au sol. Autant dire qu’en quittant le camp après plusieurs heures de travail, nous sommes tout à fait réchauffés.
Alors que nous nous enfonçons une dernière fois dans la forêt, la neige commence à tomber, doucement d’abord, puis à gros flocons. Nous marquons une dernière pause avant de quitter la vallée. Réunis en cercle face au paysage recouvert de blanc, nous entonnons « l’hymne de la fondation », un hymne qui se passe de paroles et qui existe depuis l’an 2000 et une expédition à l’île d’Ellesmere. Enfin, nous quittons le bois et retrouvons la ferme d’Octave, avec ses chiens et ses chevaux.
Le monde est devenu blanc lorsque nous arrivons au chalet de Simon à l’Anse-Saint-Jean. Le guide, et copropriétaire de Saguenay Aventure, a en effet décidé d’accueillir notre modeste groupe de 20 personnes chez lui ! Pour autant, il ne sera pas dit que nous ne profiterons pas de la neige. Nous chaussons à nouveau nos skis pour explorer une piste qui suit la rivière Saint-Jean. Nous sortons à ski de la maison. Scène irréelle au pied de l’église, brièvement transformée en piste de ski de descente où Camille pratique ses virages de télémark et Max s’imagine à Whistler…
