Cindy

  • Expédition Évasion, Grande expédition
  • Je parle français
  • 33 ans
  • Groupe : 19 à 29 ans
  • Quand j’ai participé à l’expédition, j’étais : En traitement
  • Chicoutimi, Québec

Expéditions

Diagnostic

Cancer de la glande thyroïde

Pourquoi as-tu décidé de participer à une expédition de la fondation?

J’ai été attirée par le fait de participer à cette expédition pour ce que cela pouvait m’apporter au niveau de regagner du pouvoir sur ma vie. Dans un contexte super organisé et rassurant, j’allais pouvoir réaliser des défis tant au plan physique, que social. J’allais devoir surmonter ma peur de la nature (dormir dans une tente, sans grand confort, la peur des animaux sauvages, et de manquer de quelque chose dans un bagage restreint). J’avais envie de voir si j’étais capable de surmonter quelque chose d’aussi difficile (ou de plus difficile! – comme l’a dit une de mes comparses d’expédition ! 🙂 que le cancer).

Quelles étaient tes craintes avant le départ en expédition?

Je n’avais pas tellement de craintes face à l’organisation et à la préparation que nous offre la Fondation : on nous fournit même des vêtements et de l’équipement spécialisés ! Je n’ai pratiquement rien eu à m’acheter pour l’expédition.

Lors de l’expédition dans les Rocheuses, j’avais peur des animaux sauvages (ça semblait être un danger réel même si nous n’avons rien vu – sauf des « chipmunks » qui ont mangé quelques collations que j’avais laissé traîner – Oups!) L’autre chose qui me faisait peur était de ne pas apporter quelque chose d’important dans mon bagage, chose que je ne suis pas habituée de faire, contrairement à certains participants qui l’ont fait en quelques minutes. Pour moi, ça a pris beaucoup plus de temps et de réassurance : je ne voulais manquer de rien pour les 8-9 jours en autonomie que nous avions à faire. Je ne voulais pas que mon bagage soit trop lourd non plus. Heureusement, j’ai eu beaucoup d’aide, autant des autres participants, que de tous les professionnels et bénévoles qui participaient à l’expédition !

Par ailleurs, étant quelqu’un d’assez coquette, j’avais des craintes de passer plusieurs jours sans miroir, sans maquillage, et même sans une douche décente. Ça peut sembler banal, mais depuis mon expédition, je n’ai plus aucun complexe à me présenter en public, au travail ou dans un contexte social, sans maquillage… et à me trouver belle… Disons que les magnifiques photos prises par le photographe/blogueur ont aidé 🙂 !!!

Quels souvenirs et quels bénéfices conserves-tu de ton expérience?

Oh mon dieu…. tellement de magnifiques souvenirs; des participants, des rires, des baignades, des guides, des moments humains, de couchers de soleil et de nuits étoilées, de paysages grandioses, de fierté, de partages que j’y ai fait ou de confidences reçues… Wow !!! Je ne saurais résumer l’apport de cette expérience dans ma vie en quelques mots seulement, si ce n’est que GRATITUDE…. la gratitude que j’ai d’avoir eu cette fondation sur mon chemin pour m’apporter tellement de bienfaits !!!

Ça fait 2 ou 3 ans depuis mes deux expéditions (évasion et grande expédition). J’en retire tellement, encore !! que je n’arrive pas à voir comment je pourrais laisser tomber cette partie de ma vie : Autrement dit, je cherche à voir comment je pourrais continuer à m’impliquer pour cette fondation… (après la pandémie, j’ose espérer !!!).

Avant les expéditions, je croyais que le défi le plus difficile serait physique : le cancer peut nous rendre très méfiant par rapport à nos capacités physiques, pourtant, pour moi, ça a été plus facile que je croyais grâce à la beauté des paysages, à la motivation du groupe, etc.

Ensuite, le côté nature représentait un défi: pourtant, étrangement, le plus difficile était de revenir à la civilisation ! De faire ses besoins en nature (désolée si ça a l’air étrange) était finalement très poétique et naturel, beaucoup plus que de revenir dans un petit espace très restreint et beige !! Sincèrement, ce fût tout de même un choc (heureusement – ou pas- vite oublié!) de revenir à la civilisation après quelques jours passés en nature, entre nous ! Le retour à la civilisation après quelques jours en randonnée en autonomie était … disons, assez déprimant !

Finalement, pour moi, étrangement étant donné que je travaille dans le domaine « publique », avec les gens… était de l’ordre social : de vivre près de deux semaines avec des jeunes… d’accepter d’avoir parfois besoin de leur aide, de me montrer vulnérable, de ne pas toujours être de bonne humeur comme je peux le montrer quand je suis moins longtemps / souvent, avec des gens… je dirais que surprenamment, pour moi, c’est de là où j’ai le plus retiré. Et sinon, de voir qu’après une seule soirée de cercle de partage, les liens tissés pouvaient être aussi forts… J’avais déjà participé à des groupes de soutien sur le cancer dans ma région, mais la majorité des participants étaient des personnes âgées et leur réalité était très différente de la mienne. Également, c’était la première fois pour moi (en région, on dirait que c’est plus difficile pour ça) que je rencontrais quelqu’un qui avait vécu le même traitement, qui avait la même cicatrice, et un jeune à part de ça !! Donc c’était facile de comparer / de poser des questions, et enfin, de me sentir comprise…. !!! comme jamais auparavant.

C’est définitivement une des expériences qui a le plus changé le cours de ma vie, et une chance que j’y ai participé !!!

Voici un témoignage que j’ai déjà envoyé suivant ma participation, pour remercier les bénévoles œuvrant pour la fondation :

En avril 2011, je recevais un premier diagnostic de cancer. En avril 2017, j’en apprenais la récidive. Bien que ces deux expériences aient été difficiles, je les ai vécues de manière bien différente et ce pour une raison : les deux expéditions avec la fondation Sur la pointe des pieds, auxquelles j’ai pu participer à l’automne 2017 ainsi qu’à l’été 2018. Au cours de ma 1ère opération et traitement, je m’étais sentie plutôt isolée, et durant les années qui ont suivi, c’est comme si j’ai cherché à oublier et à cacher cette expérience de vie, qui était parfois même associée à de la honte pour moi, à une faiblesse. Le fait d’avoir vu d’autres jeunes de mon âge qui ont passé à travers la maladie, en ressortant avec une plus grande force, voire même une fierté, m’a fait changer ma perception de cette expérience de vie. Ma 2e opération et les traitements, que j’ai eu à l’automne 2017 / hiver 2018, ont été bien différents. J’avais en tête les magnifiques souvenirs de l’expédition Évasion, la baignade, le courage des autres participants, la nuit qu’on a passée sous le ciel étoilé. J’avais aussi en tête les magnifiques paysages des Rocheuses, ceux de ma prochaine expédition à venir si j’étais assez en forme pour y participer ! Je peux vous dire que j’en ai marché des nuits dans les corridors de l’hôpital, avec mon soluté et mon sourire, en pensant à m’y préparer après ma seconde opération! Tout ça m’a donné de l’espoir pendant les moments difficiles passés à l’hôpital. Ça m’a donné la motivation pour me remettre en forme le plus vite possible après l’opération/traitements. Quand j’ai enfin vu en temps réel les paysages que j’avais vus sur la photo, c’était des pleurs assurés… J’étais tellement contente et fière d’être enfin arrivée !!!

Les expéditions, c’est permettre à des jeunes qui ont vécu une épreuve tellement difficile, de se comprendre instantanément entre eux, de se soutenir, de s’entraider… Les exigences de la nature et de l’exploit physique nous forcent à créer des liens extrêmement rapidement. C’est des moments magiques, où enfin, on peut parler du cancer en étant compris à un niveau jamais vécu auparavant, mais c’est aussi un moment où on peut totalement l’oublier et se sentir plus en forme, plus confiants, plus forts que jamais auparavant.

Depuis les expéditions, je ne cache plus mon expérience de cancer. Elle fait partie intégrante de moi, de ma vie. Ce changement de perception, je ne l’aurais pas vécu sans la rencontre avec les autres participants et sans les expéditions.

J’ai été challengée à tous les niveaux : physique, social, et celui de bien vivre en nature. On en ressort grandis, et plus forts. Un peu comme on peut ressortir d’une expérience de cancer. Je me rappellerai toujours d’une participante qui, après avoir gravi un sommet, a dit : « J’ai enfin combattu quelque chose d’aussi difficile que le cancer ». Puis : « J’ai laissé mon cancer en haut de ce sommet ». Ça voulait tout dire…

J’espère que ce témoignage vous montre bien à quel point la Fondation peut avoir des impacts énormes sur les participants qui ont la chance de pouvoir partir en expédition.