Date

Auteur

Marine Diez

Très chers lecteurs, Je vous retrouve pour le 3e jour de la traversée du Double Défi des 2 Mario. Le jour se lève une dernière fois sur le campement.

Au réveil, la nuit a été qualifiée de « croustillante »; en effet, on a frôlé les -30 °C et on a même entendu la glace craquer. Le bruit est vraiment impressionnant, mais laissez-moi vous rassurer, il n’y a aucun risque qu’elle cède.
On m’informe qu’il y a au moins 30 pouces (76 cm) de glace sous nos pieds : des voitures pourraient circuler ici sans aucun problème.

Ce matin, c’est difficile de sortir de son sac de couchage : il y fait relativement chaud à l’intérieur, mais à l’extérieur tout est humide, froid et présente une fine couche de glace.
C’est maintenant qu’il faut faire preuve de courage, parler à sa tête et à son corps, et lui dire qu’il est capable.
Ça va être inconfortable, mais ça ne va pas durer longtemps, et après ça je vais être fière de moi.
Toujours ce même mécanisme qui se répète et qui nous incite à venir revivre des aventures comme celle-là.

Comme un cadeau pour nous remercier, le soleil apparaît enfin à l’horizon, et de l’autre côté, la pleine lune se couche.
Un spectacle rose, bleu, mauve, orangé, qui convainc tout le monde de venir prendre place pour l’admirer.

Je m’éloigne quelques instants et je regarde le campement. Tel un village qui se serait installé là temporairement avec tout ce dont il a besoin pour vivre : de la bouffe, de l’eau, des réchauds, quelques tentes pour s’abriter, mais surtout la volonté et le grand cœur des gens qu’on y retrouve.
42 participants, 33 bénévoles, des personnes venues de tous horizons, qui n’ont parfois jamais fait de camping de leur vie, et pourtant ils sont bien là, dans cette dimension polaire.

Quand tu t’inscris à cette traversée, il y a une forme d’engagement, un don de soi, un abandon total de ce que tu connaissais jusqu’à maintenant, et une ouverture à se laisser surprendre par soi-même.
Je crois sincèrement que c’est la meilleure manière de l’aborder.
Quand tu vas repartir ce soir, tu vas être la même personne, mais ta perception de la vie et ce que ton corps est en mesure d’accomplir auront probablement changé.

La cloche de la cuisine me fait sortir de mes pensées; ce matin, on nous sert la sublime POUTINE déjeuner.
Un somptueux mélange de patates, patates douces, bacon, saucisses, arrosé d’une louche de sauce hollandaise.
On entend des « oh mon dieu », « wow », « malade », « j’avais tellement hâte de remanger la poutine sur le lac ». À croire qu’au fil des années, elle a fait des adeptes.

Le nez pointé vers le soleil, notre bol dans les mains, c’est fou de constater que manger debout dehors à -20 °C est devenu quelque chose de normal.

Le déjeuner avalé en un éclair avant qu’il ne refroidisse, on nous appelle maintenant pour les photos souvenirs.
Le paysage est superbe, le ciel est bleu, le soleil nous frappe sur les joues, tout le monde est heureux.
Serait-ce parce que c’est le dernier jour ou parce qu’on commence sincèrement à aimer ce qu’on fait ici ? Évidemment que personne n’aime venir se geler les oreilles ici; tout le monde s’est dit, à un moment donné, « qu’est-ce que je fais là ? », et finalement votre corps vous a montré que vous le pouviez.

Les sacs sont enfin prêts et déposés dans les traîneaux, la logistique démonte les tentes les unes après les autres, on sert les boissons chaudes en cuisine, et les motoneigistes finissent de transporter le gros matériel.
Une organisation impeccable, qui ne laisse paraître aucune trace de notre passage sur les glaces.

C’est la dernière fois que nous accrochons nos skis/raquettes et notre traîneau.
Ce sont nos derniers kilomètres avant la ligne d’arrivée.
D’ici quelques heures, nous serons chez nous et ce que vous avez vécu ne sera plus qu’un souvenir.

Nous entamons notre dernière journée sous une météo dégagée et apercevons déjà la rive d’en face.
La fatigue physique et mentale est bien présente, mais dans les cœurs, un sentiment d’accomplissement prend toute la place.

On repart de là avec une paix intérieure, des projets, des rêves, des initiatives à venir.
C’est le cas de Marine et Éric, venus tous les deux de l’Abitibi; ils en sont à leur 5e traversée. Depuis leurs plus récentes participations au Double Défi, ils ont senti le besoin de transmettre ce qu’ils ont vécu et de faire rayonner la fondation.
C’est pourquoi ils ont à leur tour organisé une traversée dans leur région, celle de la rivière Harricana. Un projet pilote avec des jeunes d’un programme de plein air et quelques adultes.

Mais c’est aussi le cas de Maëva, venue de la Suisse (cette traversée, c’est sa toute première fois au Québec — quel baptême !).
Maëva travaille pour la fondation Léman Hope, en Suisse, et offre des aventures en voiliers à des jeunes en rémission du cancer.

Ces initiatives me touchent en plein cœur.

Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’arrivée, et on aperçoit déjà les familles et amis venus se rassembler.
Quelques personnes s’aventurent même sur la glace à pied et avec des poussettes. Rien ne nous arrête quand on veut célébrer quelqu’un.

Avant la ligne d’arrivée, nous nous plaçons deux par deux.
Je termine mon parcours avec Sylvain, que j’ai croisé à plusieurs reprises et avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger. Je sens qu’il est fier de lui, de sa première fois, et il a raison.
Je l’invite à savourer sa réussite et à penser souvent à ce qu’il a accompli pour lui et pour les jeunes.

De mon côté, je passe la bannière d’arrivée, je prends les deux Mario dans mes bras, on se glisse des petits mercis et de doux compliments.
Je réalise qu’en 3 ans, c’est la première fois que j’ai la chance de passer la ligne d’arrivée comme tout le monde (moi qui ai eu le rôle de photographe par le passé).
Mes jambes s’arrêtent enfin, l’émotion m’envahit et je me laisse submerger.

Avant de partir, n’oubliez pas de remercier votre corps pour là où il vous emmène.
Prenez-en soin.

Merci à la Fondation Sur la Pointe des Pieds de m’avoir encore permis, cette année, de vous faire vivre cette traversée à travers mes mots.

Je vous dis à très bientôt !

Blogueuse : Marine Diez
Photographe : Simon Faucher