Très chers lecteurs,
Je vous retrouve aujourd’hui pour vous partager notre 2e journée de la traversée du Double Défi des 2 Mario.
En me réveillant, je me suis demandé une chose : à quel moment peut-on dire la phrase « ce matin, j’ai ouvert les yeux au milieu du lac Saint-Jean » ? Qui plus est, en plein cœur de l’hiver.
Je ne peux pas croire que je suis la seule à me faire la réflexion. Je prends deux minutes pour réaliser à nouveau le caractère unique et exceptionnel de notre aventure.
Alors que chaque tente prend le temps d’émerger de cette première nuit sous les -20 °C, ça travaille déjà très fort en cuisine.
Nos trois acolytes sont sur le pied de guerre depuis au moins une heure à mettre en route la cuisine mobile des glaces.
De cette manière, dès qu’on passe le nez à l’extérieur, le café chaud coule en quelques secondes dans nos tasses.
Mais avant de profiter d’une bonne boisson chaude, il faut ranger son lit, remettre ses vêtements plus ou moins humides de la veille, fermer son sac et être prêt à partir.
Ça s’active dans toutes les tentes, on entend les gens parler et rire : pas de doute, tout le monde a survécu au camping d’hiver !
La cloche retentit à la cuisine. Au menu ce matin : soupe de fruits et porridge de luxe, version sucrée ou salée.
Des ingrédients finement pensés à la fois pour satisfaire et surprendre toutes les papilles, mais aussi et surtout pour un apport calorique adéquat pour nos téméraires aventuriers.
Le vent a ralenti, on entrevoit une journée moins pénible qu’hier.
Le déjeuner englouti, on est bientôt prêts pour le départ.
Julien nous appelle pour nous rassembler et nous mettre en cercle pour un petit échauffement.
On se colle les uns contre les autres, on crochète notre jambe avec celle de notre voisin de gauche, et, en chœur, nous devons chanter : « Glace, glace, j’aime la glace, j’aime la glace et la jolie banquise ! » Et ce, tout en faisant bouger le cercle de gauche à droite, puis de plus en plus vite. Ça réveille et ça fait sourire tout le monde.
Prêts pour cette 2e journée ? C’est parti !
On voit différents changements chez nos participants : on a appris de nos erreurs de la veille. On réajuste des couches pour ne pas transpirer dans les 15 premières minutes et être trempé pour le restant de la journée, on échange skis et raquettes pour certains, on prend le temps de boire et de manger davantage. On dirait que le plus difficile est passé et qu’aujourd’hui, on peut enfin entendre ce dont notre corps a besoin.
Quand on regarde en arrière, la dernière tente de notre campement vient de disparaître et apparaîtra à nouveau d’ici quelques heures, 12 km plus loin.
C’est un peu des magiciens, ces logisticiens, vous ne trouvez pas ?
Notre progression va bien aujourd’hui, tout le monde est groupé, on ne laisse personne derrière.
Arrive bientôt l’heure du dîner, et une pause bien méritée. Bien que la tente soit montée pour nous permettre de nous abriter, la plupart d’entre nous reste dehors, tellement la météo fait du bien ; on voit même un peu de bleu dans le ciel.
Quelques bouchées de fromage, de chocolat, de craquelins, de quiche, bref, un peu de tout à la fois provenant de notre sac de collations. L’objectif est simple : se remplir la panse pour affronter le reste de notre plus grosse journée.
Dès le dîner fini, Julien et Mario Bilodeau nous regroupent pour nous dire quelques mots.
Nos deux orateurs prennent à tour de rôle la parole sur le territoire que nous occupons actuellement, le lac Saint-Jean, aussi appelé Pekuakami par les Premières Nations.
En marque de respect et de reconnaissance, ils nous invitent à entamer notre randonnée en silence, à faire corps avec la neige sous nos pieds, à être en union avec la nature.
Sur ces paroles et en douceur, nous entamons nos derniers kilomètres.
Telle une barrière infranchissable, nous marchons tous, les uns à côté des autres.
L’image est belle et forte.
Toutes ces personnes qui ne se connaissaient pas il y a encore quelques heures et qui se quitteront déjà bientôt ont bien plus de choses en commun qu’elles ne le pensent.
La volonté de faire changer le destin des jeunes, de donner un coup de pied à la maladie et de guérir l’âme de ceux qui sont touchés de près ou de loin.
Peu importe qui vous êtes, aujourd’hui, vous faites une différence remarquable.
Campement en vue !
On nous applaudit à l’arrivée et on nous accueille avec de la tire à l’érable. Quel délice !
Tout le monde sait ce qu’il a à faire maintenant : rejoindre sa tente, ajouter sa doudoune la plus chaude sur le dos et se préparer pour le souper.
Que nous réservent les chefs ce soir ?
Du fait maison de A à Z.
Potage aux épinards (avec supplément fromage), suivi d’un curry coco et d’un gâteau aux carottes avec son glaçage.
Qui d’entre vous savait qu’on mangeait si bien en camping ?
Notre repas aussitôt dévoré, c’est l’heure de la soirée partage sous la tente.
Les deux Mario nous appellent à les rejoindre dans l’un des dômes et à prendre place face à eux.
Nous sommes comme des enfants assis par terre à attendre l’histoire du soir.
Mario Bilodeau nous raconte avec émotion son parcours avec les jeunes qu’il a amenés avec lui en expédition. Les témoignages en disent long sur sa manière de « paver la voie de la guérison ».
Au-delà des traitements que la médecine offre, la Fondation, elle, soigne l’âme et le cœur, le spirituel.
Aurélie et Ruben, assis avec nous, témoignent à leur tour des expéditions qu’ils ont vécues à la suite de leurs maladies respectives : « Il y a eu un avant et un après l’expédition », « en expédition, on n’est pas venu me parler de ma maladie, j’ai trouvé des personnes qui vivaient et ressentaient les mêmes choses que moi », « la Fondation gagne à se faire davantage connaître pour tout ce qu’elle apporte de beau aux jeunes ».
Mario Cantin conclut en parlant de son histoire personnelle avec sa fille, partie trop tôt lors d’un accident de la route. Un événement qui l’a même amené à apporter sa photo au sommet de l’Everest il y a quelques années.
Pour lui, il ne faut pas attendre un déclic dans la vie pour commencer à faire ce que nous voulons faire. Faire de la place pour ce que l’on veut dès maintenant.
« Alors, que ferez-vous dès demain pour faire de la place pour vos rêves ? » nous dit-il.
Sur cette note d’émotion, il nous invite à partager avec lui la potion magique qu’on trouve uniquement ici, sur le lac Saint-Jean.
Avec ce goût sucré en bouche et le cœur chaud, nous prendrons sous peu la direction de notre lit pour une nouvelle nuit sur les glaces.
Blogueuse : Marine Diez
Photographe : Simon Faucher