J3 de l’expédition, J2 dans le bois… Le toc-toc-toc d’un pic-bois répond au toc-toc-toc de Marie-Hélène qui prépare les fruits frais. Je suis certaine que la belle lumière de paradis sur le campement a inspiré Marie-Michelle et Eve-Marie ce matin : « Knocking on Heaven’s Door » pour éveiller les belles âmes pelotonnées dans leur sac de couchage. Les ukulélés se promènent entre les tentes. Les jeunes émergent un par un et s’enroulent autour du feu. Côté buffet, c’est un wrap omelette digne des bons restos de déjeuner. Café ou chocolat chaud dans les mains, les discussions reprennent et le cercle s’anime tranquillement. Raphaël se relance en chanson et finit par faire danser tout le monde. Un joli warm-up matinal des corps et des cœurs. Ça respire la joie, la spontanéité et le plaisir simple d’être là, à rire ensemble.
On plie les tentes, remplit les barils, ramasse tout ce qui traîne. Angelo cherche son sac ; Milla sa pagaie ; Loïs oublie 2 ou 3 trucs… Rien d’exceptionnel, il semble que ce soit bien classique dans les expéditions de la fondation.
Nouveaux équipages dans les rabaskas, les binômes changent sur les bancs, mais les langues se délient aussi vite. Direction la paroi Éléphant, on pagaie maintenant avec aisance et efficacité. Par contre, côté orientation, on a bien trouvé une paroi rocheuse, mais pas d’éléphant ici… L’endroit sera baptisé la Baie d’Amelia. Alors, avant de reprendre la bonne route, il faut bien raconter la légende d’Amelia !! C’est bien entendu Raph qui endosse le rôle du conteur improvisé et se lance dans un récit épique et incarné : un amour impossible, une course-poursuite avec Bill le mafieux et une issue tragique. Voyons si vos jeunes pourront vous raconter la version intégrale ! Demi-tour et nous repartons en quête de la bonne paroi rocheuse. Petit passage entre deux îles et nous sommes sur le bon chemin. Branwen rappelle en plein lac qu’elle a le journal de bord et qu’il faut le remplir… Super timing, semblable à celui d’hier, qui fait sourire tout le monde !
Enfin, les deux éléphants de roche se dessinent à l’horizon. Une fois au pied de la paroi, on immobilise les bateaux collés serrés pour s’autoriser un vrai cri libérateur : « 1, 2, 3 Wouaaaaaah » du plus profond de nos poumons. Puis silence pour quelques minutes méditatives. Et le naturel revenant au galop : chansons à répondre québécoises, rap par Loïs, et finalement concours de karaoké. Les tubes s’enchaînent, la bataille ne dure pas longtemps, les deux équipes se retrouvant à chanter ensemble.
Sauf que le bateau de l’équipe rose de Marie-Michelle doit partir à la pêche à la casquette… Heureusement, Angelo n’aura rien perdu, l’équipage brave le vent et la récupère.
Dîner au Cap aux mouches, baptisé ainsi à notre arrivée vu l’invasion de bibites.
Geneviève, Marie-Hélène et Serge nous accueillent avec un super menu et un bel abri pour se réfugier. Le Café de la Pointe nous sert aujourd’hui une minestrone suivie d’une salade de patates, aneth et citron frais… et mouches à volonté ! Merci Charles-Antoine, le magicien qui a pensé tous les menus en amont, des courses à la préparation.
Naïla, l’infirmière, est revenue après s’être assurée que Mélanie était entre de bonnes mains auprès de sa famille. Ça nous donne une excellente raison d’ouvrir le High & Low du staff pour célébrer son retour. Et la surprise est de taille : des bonbons de saumon généreusement offerts par le père de Raphaël. Un apéro de luxe que l’on dévorera le soir avec gratitude !
Eve-Marie nous invite maintenant à choisir une roche pour une activité spéciale puis à se rassembler dans l’abri à mouches. Les yeux clos, les mains serrées sur la pierre, l’idée est de charger la roche d’un souvenir difficile. Puis, face aux lacs, tous ensemble, à l’unisson d’un grand cri, on jette la pierre au loin, dans l’eau, se délestant ainsi d’un peu de cette mémoire.
Pour revenir dans la légèreté et la joie, place au jeu : celui du cowboy ! Hihaaa par-ci, Hihaaa par-là, Hey Barn, Barn Danse et Pow Pow font fuser les rires. Le cercle se vide au même rythme que les cerveaux s’embrouillent, laissant Branwen et Angelo grands vainqueurs du défi. Sévère attaque de mouches qui semblent se multiplier pendant notre départ. Un regard à la carte et au tracé de l’après-midi : 3,5 km jusqu’au dernier campement. Encore des chants, encore la belle voix de Branwen, les duos Eve-Marie et Raphaël, encore des îles à contourner, des campeurs à saluer, des pêcheurs à déranger, et c’est l’arrivée au site de Natjlem — pas certaine de l’orthographe — en référence à « Nath, je l’aime! » — pas certaine de croire à l’anecdote de Serge ! Tous les barils, sacs de tentes et équipements logistiques sont déjà débarqués sur une belle pointe arborée. Merci Gen, MH et Serge ! Reste à les porter en haut d’une belle pente pour trouver les emplacements : pas de problème, l’énergie est encore là et rapidement le campement est monté. Le rond de feu accueille tout le monde, la soupe aux tomates chauffe et les burgers de poulet grillent sur les braises.
Une fois les ventres régalés et les bâches tendues en cas de pluie (mouais… c’est annoncé pour ce soir), c’est encore en chanson que les cœurs s’emballent : « Saskatchewan » des Trois Accords en l’honneur de Branwen, première participante de là-bas à faire une expé ! Entre chaque toune, on entend des « lapin, lapin, lapin », formule censée dévier la fumée du feu de bois.
Pendant que certains font des pronostics sur le match des Canadiens, l’activité rituelle de la fondation s’organise. Instaurée par Mario Bilodeau, elle vise à trouver un mot qui reflète notre expérience et le partager en cette dernière veillée. À vrai dire, on y pense depuis l’après-midi, et ce n’est pas facile de résumer autant, en un seul mot. Je vous raconterai ce moment fort demain… Patience.
Par ailleurs, on a dégusté le dessert : brownie coulis framboise… rien de moins !
Et pendant que j’écris ces lignes, à la frontale, entourée d’une chaleureuse ambiance, Hayman et Loïk viennent me chercher pour les s’mores… oui oui vraiment !
Il faut dire qu’à la question de Geneviève : dessert ou s’mores ? Loïs a répondu avec grande philosophie, comme souvent : « Ben, c’est pas la même chose ; les s’mores, c’est pas un dessert, c’est un moment ! »
Fabienne
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