GRANDE EXPÉDITION ÉTÉ 2019 (14-18) – JOUR 7 – Mon enthousiasme et moi

Ce matin, mon enthousiasme ne savait plus trop s’il avait encore envie de continuer l’expédition. Hier, il allait bien, il était gonflé au boutte. Il était gorgé comme jamais au beau soleil sur le bord de l’eau. Il se pavanait autour du feu de camp quand on jouait à la mafia, comme un coq régnant sur la basse-cour. La mafia, c’est la version des anglos du jeu de loups-garous, si vous vous demandez.

 

Mais en pleine nuit, le froid qu’on nous prédisait depuis des jours s’est finalement montré le bout du nez. Je me suis ennuyé de ma tuque que j’avais laissée dans le fond de mon baril en dehors de la tente. Ça a pris du temps au matin, après l’appel du ukulele pour que je réussisse à le convaincre de mettre le nez en dehors pour aller rejoindre mes partenaires de tente qui elles étaient déjà en train de faire le plein de gruau et de toast grillées sur le feu.

 

Vent frette, nuages bas et menaçants, grisaille épaisse : mon enthousiasme est devenu aplati comme une feuille de bokchoï déshydratée qui n’ose même plus se montrer les dents quand il sourit. Déjà, il s’imaginait affronter des vagues de six pieds avec un vent de face pendant des heures et le ciel qui nous tombe sur la tête sans répit.

 

Nous avons enfilé nos wetsuits, sorti nos tuques, nos bottes de pluie et nos gants pour affronter les éléments. Moi, j’étais quand même contente. Je me sentais vraiment dans une aventure avec des défis à relever pour dépasser mes limites. Mon enthousiasme me regardait faire, un peu méprisant, genre de dire, « maudit que t’es déconnectée de la réalité ma jeune ».

 

Pourtant, les vagues n’étaient même pas si fortes que ça et il ne pleuvait même pas. Puis le vent s’est même adouci. On a avironné comme des pros en chantant des chansons pour nous donner du courage et en se creusant le ciboulot pour résoudre les énigmes de Marie-Michelle et Naïla : « C’est une vieille dame de 4’ 10’’ qui vit dans une résidence au 13e étage. Les jours de soleil, elle va dehors en empruntant toujours les escaliers. Les jours de pluie, elle prend l’ascenseur. Pourquoi? ». Quand je vais remettre les pieds à la maison dans quelques jours, serez-vous capables de me donner la réponse?

 

Pour diner, nous avons accosté sur un petit bout de plage, un peu à l’abri. Nous avons fait un bon feu de grève. Cette douce chaleur a réussi à me requinquer l’enthousiasme chancelant. Après on a joué à « Alibaba et les quarante voleurs » puis à « Big fat poney ». Irrésistible pour dégager le grognon qui s’accrochait sur le gilet de sauvetage de mon enthousiasme.

 

Là, on est arrivés à notre quatrième campement, accueillis par une des très rares éclaircies de la journée. Mario nous a invités à nous étendre sur la grève, faire le plein de soleil et sentir le sol qui nous soutient fidèlement.

 

J’ai envoyé mon enthousiasme se débattre contre les escadrons de mouches et de moustiques qui nous attendaient de pied ferme au fond de la baie. J’en profite pour continuer de passer du bon temps avec la gang. Je lui laisserai deux bruschettas pour l’encourager. Ce sont les meilleurs du monde. Ils vont lui arriver jusqu’à l’âme.

 

Merci la vie!