Expédition Triton 2009

6 mars
Comment ne pas se réveiller sans avoir déjà cette nostalgie qui nous tenaille. On va vivre le moment présent bien sûr et profiter à fond de cette dernière journée ensemble, mais ce serait mentir de dire que c’est une journée comme toutes les autres. Cent soixante kilomètres de traîneaux à chiens plus tard, les images des chiens courant sur la neige viennent nécessairement occuper notre esprit. Le ciel bleu et le froid sibérien a fait place a un ciel gris chargé de grésil et d’une chaleur qui fait contraste avec les journées passées. Nous sommes une vraie belle équipe. Un grand respect unit chacun des individus. Au déjeuner, tous s’agacent et se lancent des sourires remplis de complicité. Les matins au Batiscan sont des moments de grâce où l’on se réveille tranquillement en se remplissant la panse. Tout est en bois et invite au calme. Virginie, une guide accompagnatrice, vient desservir les assiettes en prenant bien soin de nous transmettre sa bonne humeur. Héléna invite les jeunes à aller se préparer pour aller jouer dehors. On veut se rendre en raquettes jusqu’au site Inusite (camp amérindien) au bout du lac devant la seigneurie. La marche se fait au rythme des jeunes qui en profitent pour se pousser gentiment dans la neige et s’agacer un peu. On se met dans le bain tout doucement parce qu’une grande bataille de boules de neige nous attend dans l’après-midi. On se fait des jambettes et on planifie déjà nos mauvais coups pour la «Guerre des tuques». «La vengeance est douce au cœur de l’Indien» dit un proverbe. Ça nous permet également de vivre le moment présent et de ne pas trop penser que cette merveilleuse aventure tire à sa fin. Le grésil, comme une fine couche de pluie, réussit à nous tremper un peu mais ne réussit pas à nous enlever notre plaisir.

Le repas du dîner réchauffe nos cœurs. On refait nos forces pour le moment de vérité. La gang du Triton, Nicolas, David, Rémy, Cyril et Martin préparent leur stratégie machiavélique. Les jeunes ont vraiment hâte. Franchement, je ne sais pas si c’est le plaisir qui leur donne autant d’énergie, mais les jeunes sont hyper excités. La bataille a enfin lieu. Tous se protègent pour le mieux avec des lunettes de ski et des raquettes en guise de bouclier. L’action fait rage et tous courent ici et là, se couvrent derrière des murets de neige ou encore foncent droit sur la ligne de front pour tenter de gagner du terrain. On est tous chargés d’une énergie folle. Puis, il y a nécessairement le repos du guerrier qui vient après ces grands élans d’émotions. Nous prenons un dernier souper tous ensemble. Le soir venu, nous profitons de la présence de toute l’équipe pour faire un grand cercle afin de partager notre expérience et les apprentissages qu’on a faits. Le propos des membres de cette belle grande équipe est teinté par l’émotion. Ce moment de partage fait rouler quelques larmes aux plus irréductibles d’entre nous. Les jeunes sont des inspirations incroyables. Ils ont une vision de la vie qui est surprenante et très mature pour leur âge. Il faut dire qu’ils ont déjà un gros bagage de vie et cette aventure est en quelque sorte une suite à leur histoire de persévérance, de courage et de ténacité. Pour nous, ces jeunes auront représenté avec force et honneur toutes les belles valeurs entourant l’aventure. Cette aventure au Triton aura été un véritable rite de passage pour plusieurs d’entres nous. À chacun maintenant de poursuivre leur route et leur aventure. Qu’à cela ne tienne, la vie demeure la plus grande et la plus belle des expéditions. Il nous appartient donc de la vivre comme ces histoires qu’on aimerait écrire.
Merci d’avoir été des nôtres. Ce fut un honneur et un plaisir de partager avec vous cette expédition de la Pointe-des-Pieds. Rendez-vous dès la  prochaine expédition de la Fondation. Au plaisir.

5 Mars
Nos yeux s’entrouvrent sur un air de déjà vu. Peut être parce que c’est notre deuxième nuit au Biron. Il y a quelque chose de réconfortant à se réveiller entre les murs de planches. Originaire de St-Raymond, je me rappelle que ce chalet appartenait jadis à un certain Henry Cayer, lui-même natif et grand entrepreneur de St-Raymond. Les hasards sont ainsi faits. Le chalet Biron ne devait pas avoir vu bouger autant depuis belle lurette. Encore une fois, la soirée de la vieille a été fort agrémentée. Nous avons fait aller nos doigts sur les cordes de la guitare et les voix les plus courageuses se sont élevées pour animer la troupe. L’ambiance était tout aussi chaude et réjouissante que le feu dans l’immense foyer de pierre. Les mushers et les hommes forts du Triton entonnaient des chansons issues de contrées lointaines où l’on semble festoyer à cœur joie. Les jeunes chantaient avec Jean-François des chansons d’un tout autre registre, mais tout aussi rassembleuses. Certains écrivaient, et d’autres,  déjà nostalgiques, regardaient les réjouissances le cœur gros. Les aventures comme celle-là sont faites de bonheur pur qu’on ne voudrait laisser partir. Mais hélas, ainsi va la vie. Toute bonne expédition a un début et une fin, et en ce matin du 5 mars, on s’apprête à atteler nos chiens pour la dernière fois. C’est plutôt difficile, je dois vous avouer. L’expédition en soi n’est pas terminée, mais la portion «traîneaux à chiens» tire vraiment à sa fin. Plusieurs ont le cœur gros et caressent leurs chiens avec la larme à l’œil. Avant de partir, les mushers nous livrent un vibrant hommage et on leur rend la pareille en leur faisant un gros collé (hug) pour les remercier. Ils ont fait beaucoup plus que ce qu’on attendait d’eux. L’aventure nous fait souvent rencontrer des personnes formidables. Dans notre cas, on gardera en mémoire pendant de longues années, leur sourire, leur générosité et leur joie de vivre.

Dans les derniers jours (ou plutôt les dernières nuits), les chiens . Ils ont puisé à – 30ont dû endurer des températures autour de – 25 dans leurs réserves et le retour à la maison sera bien pour eux. Le chenil les attend et gagez avec moi qu’ils auront droit à une journée de congé. Le soleil est encore de la partie, mais la cerise sur le sundae c’est qu’il fait chaud. On se la tape alors vraiment comme des « beach boys » en cavale. De retour au Batiscan, on prend un dernier repas avec nos humbles mushers(Coco, Sam et Hugo). Ils repartent ensuite vers leur chez eux dans les régions éloignées de Duchesnay. Pour nous, c’est l’après-midi de repos tant souhaitée. Ça n’y paraît peut être pas, mais on court quelques kilomètres derrière un traîneau à chiens et les nuits n’ayant pas été toutes pleines, ça fait du bien de se reposer un peu. Dans cet intermède, on s’amuse à retomber en enfance en jouant à cache-cache. Fait à noter que Simon, Courtney et Danika sont particulièrement bons pour se dissimuler. Le soir venu, quelques joutes de « Loup-Garou » nous suffisent pour nous mettre K.O. On a quand même droit à des fous rires légendaires de la part de Scott et Karolanne et quelques parades de mode de la part de Mélanie, Mickaël et Mathieu. On s’amuse vraiment. Pour l’heure, allons prendre des forces un peu. Demain, paraît-il que nous allons jouer à la «Guerre des tuques» version «Triton Club». C’est à voir!

Nous prenons cet espace dans le blogue pour nous adresser à tous les jeunes qui nous suivent à partir d’un hôpital (comme Jessie et Joël) ou qui sont en train de se battre contre la maladie. Sachez que c’est vraiment un plaisir que vous nous suiviez dans notre aventure. En passant Jessie, merci pour ton mot. Nous espérons de tout cœur que vous allez prendre du mieux et que vous allez pouvoir être des nôtres dans une prochaine expédition. Vous représentez la ténacité, le courage et la persévérance et sachez que chaque jour, vous avez été à nos côtés dans nos pensées. On pense à vous. Merci d’être là.

3 mars
Le matin est tranquille dans le campement. Il n’y a pas de souris qui danse à l’extérieur. Faut quand même expliquer qu’il fait un froid  Celsius. Disons que c’était notre épreuve dude canard. À peu près -27 froid dans cette aventure sur le territoire du Triton. On ne peut pas reculer ou baisser les bras quand ça ne fait pas notre affaire, il faut regarder droit devant, prendre son petit change de courage et de persévérance et avancer d’un pas décidé. Pour plus de résultats, vous pouvez bien sûr vous aider de vos équipiers et vous nourrir du sourire de chacun d’eux. Dans le groupe, on ne lésine pas sur les sourires. On s’en donne à volonté sans rien demander. Bah, c’est sûr que ça ne réchauffe pas nécessairement les orteils froides, mais ça fait un baume et ça nous rend plus forts.

Atteler les chiens fut un vrai plaisir parce que le soleil a décidé de se pointer et de faire renverser la vapeur côté Celsius. On est tous emmitouflés comme des yaks, mais au moins, il y avait cette boule de lumière qui nous entonnait de se dégourdir. La journée s’annonçait difficile. Pas moins de 40 kilomètres de traîneaux à chiens. Un arrêt subit nous fait penser qu’il y a un petit problème à l’avant. C’est bien ce qu’on pensait, un petit pépin. La corde entre les chiens et le traîneau s’est rompue et les chiens ont pris la poudre d’escampette. Ouf! On les retrouve plus loin et on fait les réparations qui s’imposent. Plus tard, un autre arrêt pour faire des modifications dans les équipes de chiens. Il n’y a pas que chez le Canadiens de Montréal qu’on effectue des changements. C’est un peu ça notre belle routine. Elle est parfois dure, parfois froide, remplie d’impondérables, mais je vous assure qu’à chaque fois que l’on regarde dans les yeux de nos jeunes, il y a cette fierté, grande comme le monde comme si dans cet instant, ils voulaient crier…J’ai réussi. Ce sont de véritables champions.
Notre journée se termine au lac Biscuit où nous attend un grand chalet (et un majestueux foyer). Nous y serons vraiment confortables. On peut dire qu’on ne l’aura pas volé. La guitare s’émoustille de plaisir, car elle pourra enfin être utilisée. Merci de nous suivre, les jeunes apprécient beaucoup. Vous êtes tous dans nos cœurs et dans nos pensées.

2 mars
AAHOUUuuuuuuUUUuuu!!!  Non, ce n’est pas le coq qui nous réveille en ce beau matin mais plutôt une meute de chiens au grand complet qui hurle à tout rompre pour nous montrer qu’on est loin de chez nous. Chacun voudrait rester dans son sleeping pour éviter le moment fatidique d’affronter l’hiver blanc et ses fraîcheurs. C’est formidable de voir tout le monde autour de la table avec leur chocolat chaud. L’équipe commence à prendre le rythme de l’expédition. Il faut dire qu’on partage tous la même réalité. On est tous loin des nôtres, loin de notre confort, on est tous confrontés au même froid, aux mêmes adaptations ou à peu près. On est tous soumis aux défis que nous offrent la nature et l’aventure. Quant aux jeunes, ils sont liés par ces batailles qu’ils ont tous livrées contre la maladie. Ils ont la proximité des gens qui se comprennent et se respectent. Un lien fort nous unit déjà.

En expédition, on a un horaire à suivre si on veut arriver avec la lumière du soleil. Il faut prévoir les repas, l’empaquetage des bagages, prendre soin des chiens, mettre leur harnais puis les attacher soigneusement aux traîneaux, s’habiller convenablement et veiller à ce que tous et chacun soient corrects, gérer ses propres effets personnels et s’assurer d’avoir ni trop chaud, ni trop froid…Bref, une expédition, c’est un gros casse-tête, mais entre vous et moi, c’est un cassage de caillou qui en vaut la chandelle.
La journée débute sur une note du tonnerre. Les chiens sont en forme et ils en ont dedans. On est sur un lac, alors on pourra les laisser courir à leur guise et leur faire brûler toute l’énergie qu’ils veulent. Parce qu’on pense à tort qu’ils n’aiment pas tirer toutes ces charges, mais détrompez-vous, ce sont des machines qui, une fois arrêtées, en redemandent encore et encore. Pour nous, ça fait notre bonheur, car la vitesse de croisière est très bonne. Les sentiers en forêt sont un peu plus techniques, mais on s’assure de circuler tranquillement. Les jeunes s’amusent et conduisent les traîneaux comme des pros. Il y a Karolane qui rie sans arrêt et Simon son coéquipier, qui semble avoir l’aventure gravé sur cœur. Mélanie est avec le séduisant Mathieu qui m’a tout l’air d’être un vrai gentleman.  Il veille aux bons soins de sa co-équipière avec attention. Courtney est en ma compagnie, elle est formidable. Elle a du cœur au ventre, c’est une combative hors norme. Discuter avec elle et partager nos péripéties de chiens de traîneaux sont un réel plaisir dont je vais me souvenir des années durant. Scott, quant à lui, est avec Nicolas, le médecin de l’équipe. Nicolas est jovial et sans malice. Il nous fait rire et en profite pour pratiquer son français. Puis, il y a Danika et Mickaël. Les deux essaient tant bien que mal de se faire la jasette dans les deux langues. Mickaël fait des virages superbes avec son traîneau. C’est un vrai pilote. Danika, elle, nous parle beaucoup de sa famille et l’importance de celle-ci dans sa vie. Elle est très rieuse. Bien sûr, il y a tout le reste de l’équipe qui se partage les autres traîneaux. Héléna a décidé de porter ses petites pomettes rouges. Son rire et son charisme charment tout le groupe. Jeff est le clown de l’équipe, mais il sait faire son homme sérieux en temps opportun. Il veille avec soin sur chacun des jeunes.

Après une journée de dure labeur à négocier maintes courbes et virages de toutes sortes et après avoir traversé je ne sais combien de lacs plus fantastiques les uns que les autres, on arrive enfin à notre campement. Surprise, il n’y a ici ni refuge, ni chalet, mais bel et bien des tentes arctiques. Ce sera donc l’épreuve ultime pour nos compagnons. Même si les tentes sont chauffées pour couper l’humidité, le défi n’en est pas moins important, car la température chute en bas  Celsius. Le courage et l’endurance sera de mise. Après avoirde – 15 installé nos bagages et nos lits de fortune, on s’agglutine autour d’un bon vieux feu de camp où l’on se permet de rêver à notre journée. On ferme la lumière et on entre dans notre énorme sac de couchage. La tuque calée sur la tête, on est fin prêts à aller retrouver Morphée. Il saura nous border dans ce froid canadien. Bonne nuit mes chers équipiers, vous êtes admirables. Sans broncher et sans nervosité, les yeux se ferment et les ronflements prennent la nuit d’assaut.

1er Mars
L’aventure a ses façons bien à elle de nous amener à la rencontre de nous mêmes, de nous montrer ce que l’on a dans le ventre. Parfois même sans trop nous le demander, elle nous amène à donner le meilleur de ce qu’on est. C’est justement ces pensées qui me traversent l’esprit lorsque je les vois porter leurs bagages sur la galerie du Batiscan (le chalet dans lequel nous avons passé la nuit). La gang ne semble pas trop nerveuse. Ils sont plutôt très excités d’aller revoir les chiens. On les entend hurler jusque dans le chalet. C’est très impressionnant, car près de 50 chiens nous attendent aux abords du lac. On finit d’avaler les dernières tranches de pain doré en prenant bien soin de les enduire de sirop d’érable (indispensable!). Nos rois de la gloutonnerie sont incontestablement Etienne et Simon qui engloutissent un nombre impressionnant de pain doré sans parler des fruits, yogourt et litres de jus. On se sent toujours moins coupable en expédition parce qu’on sait qu’on va brûler des calories à la tonne. On fait les derniers « check-up » pour s’assurer que tous ont bien ce qu’il faut, puis on quitte la chaleur réconfortante du Batiscan. On va le revoir que dans cinq jours. Nicolas et David (nos hôtes du Triton) se démènent pour que tout se déroule bien et s’empressent de nous jouer des tours à chaque fois qu’ils en ont l’occasion. De joyeux lurons ces hommes des bois.

On marche présentement vers la meute où nous attendent les mushers (c’est le terme pour appeler les personnes qui s’occupent des chiens de traîneaux). Ils nous accueillent avec un sourire fort accueillant. À les voir, on comprend la passion qui anime ces gens. C’est fascinant, on croirait qu’ils parlent le même langage que les chiens. Chacun porte la barbe et semble avoir une endurance surnaturelle au froid. Tout comme nos amis du Triton, les mushers de chez Inukshuks impressionne de par la proximité qu’ils entretiennent avec la nature. Des vrais de vrais. Chacun de nous se penche sur un chien et apprend tranquillement à apprivoiser ces bêtes. Courtney a l’air d’avoir un lien très fort avec eux. Les chiens lui rendent son affection et tentent de lui donner des becs. Scott est tout simplement sous le charme des huskies. Au premier regard, on voit clairement une ressemblance avec des loups. Ils sont musclés et complètement adaptés au froid. Leurs yeux sont tantôt bleu, tantôt brun et parfois même un de chaque couleur. Kovou, l’un d’entre eux, se prélasse au soleil les yeux fermés. Il n’a vraiment pas l’air stressé. Frisky, quant à lui, est hyper agité et n’attend que le moment de partir. Les mushers nous expliquent à quel point les chiens aiment tirer les traîneaux. C’est leur travail, mais c’est avant tout un plaisir pour eux d’être en action.

La préparation des traîneaux et des chiens prend une bonne heure. Ça nous permet de nous familiariser avec les chiens et le fonctionnement des traîneaux. Le départ est surréaliste. Les jeunes sont en équipe de deux et s’occupent de leur propre traîneau. Les mushers sont distribués ici et là entre les traîneaux des jeunes pour assurer la sécurité. David ferme la marche avec une motoneige, mais on ne le voit que de très loin parce qu’il ne veut pas déranger la quiétude des traineaux à chiens. C’est étonnant à quel point ils ne font pas de bruit. Les patins glissent sur la neige et nous donnent l’étrange impression de voler au-dessus de la glace. Les paysages défilent devant nous. Les traîneaux se suivent l’un derrière l’autre. Les chiens suivent fidèlement le premier traîneau ou du moins, l’odeur de celui-ci. Ils avancent avec une assurance déconcertante comme s’ils étaient déjà venus sur ces lacs. La conduite est fantastique et beaucoup plus simple que j’aurais pensé. Quelle chance inouïe pour les jeunes d’être ici et de vivre ce doux contact avec la nature. Ils délaissent peu à peu leur carapace et s’ouvrent tranquillement. Après presque 20 kilomètres à travers lacs et montagnes, nous apercevons les refuges en bois rond qui nous procurerons chaleur et quiétude pour la nuit. Ils ont été construits au début du siècle, mais le poids des années n’a pas eu trop d’emprise sur leur solidité. La fumée s’échappe des cheminées et nous fait déjà miroiter un repas des plus succulent. Arrivés au campement, les jeunes prennent le temps de se réchauffer et nous aident dans les besaces de routine. On prépare un petit nid douillet pour les chiens les plus frileux (un petit lit de sapinage installé avec soin). Il faut tout de même qu’elles dorment bien ces belles bêtes car c’est notre moyen de locomotion pour toute la durée de l’expédition. Le soir venu, c’est la fatigue qui  s’installe sur nos petites pommettes rougeâtres. Ce sera notre première vraie nuit de coureur des bois. La fierté anime nos aventuriers. La peur et l’ennui ne semblent pas être trop lourds pour les jeunes. Ils sont ensemble et ça les rend forts. Ils semblent bien dans leur nouvelle routine. Lorsque j’ouvre la porte du poêle pour chauffer le camp durant la nuit, je regarde dormir nos bons copains. Quel beau bonheur d’être ici.

28 février
La troupe se réveille tout tranquillement. Une journée assez chargée nous attend tout de même. J’hésite à tirer les rideaux parce que j’ai peur qu’il fasse la même température qu’hier lorsqu’on est arrivés. Je me risque enfin, mais j’ai à peine touché le rideau qu’un jeune s’écrie « Il fait Soleil! ». Le soulagement est complet. L’aventure est très belle même lorsqu’il fait moins beau, mais je crois que tous et chacun ont une petite préférence pour les journées ensoleillées. En approchant de la salle à manger, on devine déjà le déjeuner qui nous attend. Au menu, œuf, bacon fumé, céréales, toast, bref, il y a de tout, même pour les plus difficiles. La plupart sont encore tout endormis et réalisent à peine l’endroit de rêve où nous sommes. Par la fenêtre, on peut apercevoir le lac qui dort tranquillement sous la glace entouré par un bataillon de conifères qui montent la garde pour passer le temps. La vue est tout simplement sublime. La cuisine juste à côté fourmille tant nos hôtes s’activent à régler la journée. Ils vont profiter du beau temps pour taper les sentiers de chien de traîneau. Les jeunes ne s’apercevront pas de grand-chose, mais il y a un travail colossal qui est fait pour organiser notre périple. Il faut dire que le territoire est immensément grand  et notre expédition s’étale sur cinq longues journées. Pour l’heure, il faut s’activer parce que « Qui dit grands aventuriers, dits grande préparation ». Nous avons un tas de matériel et de consignes à donner à l’équipe et pour que l’avant-midi soit complet, il faut quand même se garder du temps pour aller se faire bronzer la couenne un peu.

L’épreuve des consignes commencent. Nous traduisons au fur et à mesure dans les deux langues et chacun des francophones et des anglophones profites du moment pour rafraîchir leur langue seconde. C’est beau à voir. Scott et Mathieu se débrouillent fort heureusement dans les deux langues et deviennent rapidement des intermédiaires entre les jeunes. Simon quant à lui s’avère être notre clown en devenir. Il semble être très à l’aise dans tout cet inconnu. Vous savez, faire une expédition du genre requiert beaucoup de matériel (vêtements, accessoires, nourriture). En bon mannequin que nous sommes, Jeff et moi-même faisons la démonstration des vêtements à porter et comment bien les utiliser. Ça vire en cirque notre truc, mais nos clowneries semblent avoir tout de même donné l’information pertinente à l’équipe. Il n’y a pas que le blabla bien sur. Après maintes explications, on commence à en perdre quelques-uns, alors il faut réactiver tout ce beau monde. On va donc aller se dégourdir le popotin. Dehors, c’est le réconfort le plus naturel qui soit. Une brise fraîche pour nous éviter qu’on reste sur place trop longtemps, un soleil éclatant pour faire briller la neige tout autour, des odeurs de grands espaces qui nous rappellent qu’on est très loin de la ville et des sons aussi subtils qu’apaisant qui s’entrecroisent dans l’harmonie la plus totale. Après quelques jeux à courir à gauche et à droite, la gang se dégêne de plus en plus. On sent déjà la proximité qui s’installe et ce n’est qu’un début rassurez-vous. À un certain moment donné, on fait le grand saut et on choisit de faire un jeu de confiance assez audacieux. Une personne se laisse tomber sur le dos (à partir d’un petit balcon) et tout le reste de l’équipe l’attrape. On croirait tomber dans un nuage ou dans du jello (ça dépend ). Karolane nous confie sa peur des hauteurs, mais prenddes jeunes  son courage à deux mains et s’élance les yeux fermés dans le vide. Tous la rattrapent et son sourire témoigne à lui seul, de l’immense fierté  d’avoir surmonté sa peur. On a devant nous, des jeunes battants qui ont du cœur au ventre et c’est très inspirant. Je me demande s’ils savent à quel point ils sont génial?

La journée décide de nous jouer un tour et passe à une vitesse folle. Dans le temps de le dire, nous sommes rentrés de faire de la raquette et on fait la surprise de voir que l’après-midi est déjà bien entamé. Chacun y va d’un petit moment pour lui. Mélanie se laisse aller à l’écriture tandis que Courtney plonge littéralement dans un livre, les gars jouent aux cartes ou aux échecs et Danika quant à elle, jase avec Héléna. On prend du bon temps comme on dit.

Il fait noir et les étoiles décorent le ciel au-dessus de nos têtes. L’horizon se fond en plusieurs teintes ombragées d’où l’on peut reconnaître la cime des grandes épinettes. Il y a un silence étrangement cacophonique comme si le sol sous nos pieds nous murmurait quelque chose qui s’en vient au loin. On est sortis sous la lune et on se tient là quant tout à coup arrive la meute de chiens tel des fantômes dans la nuit. Ils sont des dizaines et des dizaines et plusieurs traîneaux glissent derrière eux. Pourtant,  on croirait entendre que les vieux mugissements du vent. C’est un spectacle incroyable qui démontre avec force la beauté de la nature et son incroyable réconfort. Nous accueillons chacun de ses chiens avec empressement. Ils sont le renfort que l’on attendait. Chacun de ses Husky a un nom, parfois drôle et d’autres fois plus mystique. On ne s’attarde pas trop car le souper est servit et les chiens doivent se reposer. Nous irons faire connaissance davantage demain. De toute façon, il faut bien se reposer car demain est le grand jour du départ. Les yeux encore remplis d’images nous prenons place au salon juste avant le coucher. On fait un retour sur notre journée. C’est notre première rencontre de groupe. Chacun est invité à parler de ce qui l’a amené à vivre cette expérience et une peur qu’ils ont envers le voyage. Le moment est chargé en émotion, mais très positif. Après seulement deux jours, je peux voir devant mes yeux une équipe lié plus profondément que bien des amitiés. Les jeunes sont d’une authenticité qui m’enlève les mots, mais je peux vous dire seulement une chose, ils ont tous choisit l’aventure parce qu’il voulait aller au bout d’eux-mêmes et déjà, ils nous ont montré qu’ils avaient tous un courage incroyable et la force de nous avouer leurs peurs sans pour autant se sentir faible. Les expéditions sont toujours le reflet de ceux qui la vivent. Dans le cas qui nous concerne, je crois que ça va tout simplement être magique.

Héléna, Jean-François et moi-même sommes debout à attendre les jeunes qui devraient arriver d’une minute à l’autre. Ils viennent de Calgary, du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse. Ils sont beaux comme tout parce que premièrement très courageux d’embarquer dans une aventure comme celle-là et surtout de prendre l’avion, seul, surement pour la premièrement fois de leur vie. Mathieu est le premier à arriver, il nous tend un petit sourire gêné et nous salut avec un accent bien senti du Nouveau-Brunswick. Wow! À peine quelques minutes passés en sa compagnie et on a l’enveloppante impression d’être dans les maritimes. C’est ça la beauté des rencontres. On sent déjà qu’on va s’amuser et on n’a même pas quitté l’aéroport encore. Les filles arrivent peu de temps après. Elles ont elles aussi cette petite nervosité qui habille si bienles grands moments. Qu’à cela ne tienne, c’est un bonheur de se voir la binette. Un peu de blabla et bien des rires plus tard, nous étions en route pour l’auberge de jeunesse du centre-ville de Montréal. Et nous voilà partis! …27 février au matin

Le soleil de la jungle Montréalaise nous tire du lit aux petites heures sans trop se sentir coupable. La grande ville bat déjà son  plein et on se retrouve plus vite qu’on ne l’aurait cru entrain de marcher vers la gare de train. Le groupe prend forme tranquillement. Scott, un jeune participant de Montréal nous parle de sa ville, du Centre Bell et des nouvelles entourant l’équipe du Canadien de Montréal. Arrivés à la gare, nous prenons contact avec le reste des participants. La rencontre se passe plus que bien. Tous ont hâte de prendre le chemin du Triton, notre fameuse destination pour l’expédition. Puis, il y a les salutations de coutumes et on est déjà en marche. Le coup d’œil en vaut le détour. Devant moi marchent ceux qui composent l’équipe de jeunes du «Triton 2009». Ils viennent d’un peu partout et semblent assez différent, mais l’aventure les a réunis tous ensemble sans se poser de question. Un après l’autre, ils embarquent dans le train suivit de la montagne de bagages qui ne demande qu’à suivre. Comme un long ronflement de métal, le train prend ses premières inspirations et avance droit devant.

À l’intérieur du wagon, la scène est parfaite. Mathieu nous épate avec des tours de magie. Mélanie quant à elle se dépêche à écrire dans son petit livre les premiers instants de son périple comme pour ne rien manquer. Mickael prend ses aises et est déjà entrain de jouer à roche-papier-ciseau. Franchement, je crois que c’est ça que l’on peut appeler le bonheur. Toute en simplicité, notre journée avance. Parfois dans le rire et le mouvement et d’autres fois dans le calme et la réflexion. Une guitare fait partit des bagages. On peut déjà deviner qu’elle ne restera pas longtemps inactive.

L’accueil du Triton se fait sous la pluie près d’un ancien poste de gare. Le très optimiste Jean-François nous convainc assez vite que ce n’est que du soleil liquide. De toute façon, on est habillé pour affronter de bien plus grandes tempêtes. Le sourire des troupes suffit à mettre la pluie en veilleuse et une musique de film semble accompagner notre bonne humeur. Une fois rendu au chalet tant attendu, nos aventuriers partent se mettre au chaud et profitent du réconfort de ce palais de bois. L’équipe qui nous accueille est charmante comme tout. La nourriture est un délice total et l’ambiance a de quoi rappeler les festins dans Astérix. On apprend après le repas que la tourtière était faite avec de la viande d’ours,  d’orignal, de chevreuil et de lièvre. En tout cas, l’aventure promet d’être grandiose. Pour l’heure, on se laisse bercer par le rythme du vent qui souffle dehors dans les gigantesques épinettes.  Plus j’y repense et, à voir tout ces sourires, je pense vraiment que ça ressemble à ça le bonheur.  La journée ayant été assez chargée, le sommeil a eu rapidement le dessus sur l’équipe toute entière. Je n’aurais pas pensé que c’était si bon « l’aventure ». Heureusement, demain nous attend tout gentiment.

Pour sa première expédition en 2009, la Fondation Sur la pointe des pieds voit grand, aussi grand que les vastes espaces du territoire du Triton en Haute-Mauricie! La rencontre préparatoire faite, le ton est maintenant donné par les participants et l’équipe d’accompagnateurs. Pas de doute possible, cette expédition se fera sous le signe de la bonne humeur et de l’aventure!
Voici nos huit aventuriers :

  • Courtney Cunningham de l’Ontario
  • Danika Puhlmann de l’Alberta
  • Karollane Daraîche du Québec
  • Mathieu Lacombe Nadeau du Nouveau-Brunswick
  • Melanie Novelli du Nouveau-Brunswick
  • Michaël Brouillard du Québec
  • Scott Randall du Québec
  • Simon Langevin du Québec

Ceux-ci seront accompagnés par l’équipe de la Fondation Sur la pointe des pieds :

  • Héléna Longpré, directrice des opérations de la Fondation Sur la pointe des pieds,
  • Jean-François Dubé, adjoint aux opérations de la Fondation Sur la pointe des pieds;
  • Étienne Beaumont, guide et blogueur pour la Fondation Sur la pointe des pied;
  • Nancy Cloutier, infirmière;
  • Nicolas Tremblay, médecin;
  • L’équipe d’Excursions Triton
  • L’équipe d’Aventure Inukshuk en traîneau à chiens

L’environnement naturel, la grandeur des paysages et la splendeur des lacs gelés font partie des grandes richesses du Québec.
Sur le territoire du Triton de la forêt haute-mauricienne, nous découvrirons ensemble l’univers du traîneau à chiens. Durant cinq jours, nous côtoierons les chiens dont nous aurons la responsabilité. Chaque soir, après avoir parcouru environ 40 kilomètres, nous nous réchaufferons autour d’un feu où nous partagerons le repas. Nous aurons la chance de dormir dans un chalet de trappeur et nous vivrons même quelques nuits bien au chaud sous la tente arctique! Cette expédition sera aussi la chance de nous familiariser avec la raquette et le mode de vie de nos ancêtres. Feu de camp, grand air et sentiers enneigés seront assurément au rendez-vous!

Suivez nos aventures au quotidien grâce au blogue de la Fondation Sur la pointe des pieds! Et surtout, n’hésitez pas à nous envoyer vos bons mots!